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Auguste HaentzlerUn 11 novembre pas comme les autresNaissance: 5 Aout 1898 à Strasbourg Profession: Architecte
Famille de Auguste Conjoint: Marie
Madeleine Kappeler marié le Enfants: André
Haentzler Parents: Auguste
Joseph Haentzler, Maria
Joséphine Richmann
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Un 11
novembre pas comme les autres …
Le 26 octobre 1918, jour de la démission du Général LUDENDORF, j’ai été transféré depuis la Clinique Ste Odile à Neudorf , où j’ai été soigné pour une blessure , provenant d’un éclat d’obus, reçu devant TARNOPOL en Galicie, à un hôpital militaire à Munich en compagnie de plusieurs autres alsaciens. Le sergent-chef, avec un bandeau rouge au bras, jeta un œil sur ma feuille de permission, et à la vue du nom Strasbourg il s’exclama : « unmöglich ! nous avons ordre de ne plus laisser personne passer le Rhin ! » A ce moment il fut appelé au téléphone et laissa là son tampon…Ravi de cette aubaine, j’en profitais pour valider les 2 premiers feuillets ( le mien et celui du marin Eugène KESSLER, qui habitait également NEUDORF) avant qu’un grand bavarois ne me prenne à la gorge. M’agrippant aux feuilles de permission, je réussis de justesse à me faufiler dans la foule pour rejoindre mes camarades. Seuls KESSLER et moi disposions de permis en règle : nous nous dirigeâmes vers la gare centrale où nous apprîmes que toutes les communications étaient bloquées. Quand un officier à bande rouge et quelques soldats crièrent « la garde blanche et les troupes fidèles au roi de Bavière sont signalées en route pour Munich ». Des sacs de sable et des mitrailleuses furent mis en position sur le quai et les soldats rouges se mettaient en garde. Nous étions bousculés vers la place de la gare qui était noire de monde. C’est alors que je proposais à KESSLER de nous faufiler le long de la ligne de chemin de fer en direction d’AUGSBOURG, distant de 55 kilomètres selon un indicateur. La nuit commençait à tomber et nous partons à 16 heures de la gare de MUNICH. Nous marchons toute la nuit jusqu’à 6 heures du matin. Pas moyen pendant la nuit, mais l’après-midi du 8 nous était favorable. Il y avait un train omnibus de quelques wagons pour STUTTGART. Personne ne contrôla nos permis et nous arrivions à STUTTGART sans encombre. Dans un home de soldats on nous donna à manger et à boire. Dans la ville on vendait des dépêches avec les 14 points de Wilson qui stipulait la cession de l’Alsace-Lorraine à la France, l’évacuation du territoire à gauche du Rhin jusqu’à la frontière de Hollande et l’abdication du Kaiser. Entre temps les alliés s’étaient rapprochés du Rhin et l’armistice était en vue. Enfin l’après-midi du 10, un train était signalé qui venait de la Macédoine. Effectivement ce train est arrivé vers 18 heures et nous nous installions sans autre formalité. Mais personne ne pouvait nous assurer que le train continuerait plus loin que KARLSRUHE, où tout était assombri par des lampes bleues, nous attendions la suite. Après un quart d’heure, le chef de gare annonça « pour Strasbourg-Metz-Charleville tout le monde en voiture ». Notre joie était comblée. Nous passions le Rhin à ROPPENHEIM où de jeunes filles en costume alsacien avec des cocardes bleu, blanc, rouge à leur coiffe nous saluaient sur le perron en criant Vive la France ! Nous pleurions tous les deux mais nous étions inquiets pour le contrôle à la sortie. En gare de Strasbourg de jeunes soldats avec le bandeau rouge au bras et le fusil en bandoulière, se promenaient. Le hall derrière les guichets et toute la place de la gare était plein de monde. Tout le monde nous questionnait, d’où nous venions, de quelle formation nous étions, si nous ne connaissions pas leurs pères ou fils. Dans les premières rangées, j’apercevais Mme GOEFT, qui habitait près de chez nous. Elle m’embrassa et me disait : tu ne partiras plus, la guerre est finie, les allemands ont accepté les conditions de l’armistice. Arrivés à la place Kléber nous voyions la statue du général avec des drapeaux alliés dans les bras et les étudiants dansaient autour du monument. Nous continuons notre chemin en direction de NEUDORF. A la place d’Austerlitz je disais à mon ami, attends un peu, je veux voir si mon père n’était pas dans le restaurant de Jacob WEIN, au comète. Il ne voulait pas attendre, étant pressé de revoir sa famille. J’ouvrais la porte du restaurant et ne le voyait pas. Je voulais fermer la porte quand j’entendis crier la serveuse, Mr HAENTZLER, votre fils. Mon père était assis derrière le tambour avec 2 messieurs et leurs dames. C’étaient les directeurs de la Caisse d’épargne Mr SIEBER et HUCK, ses amis. Les dames sortaient des ciseaux de leurs sacs et commençaient à m’enlever le bandeau de la croix de fer et les galons de sous officier. Quelques uns me coupaient même les boutons de ma veste. Alors le tenancier du restaurant Mr WEIN me demandait si je n’avais pas faim ? « Et comment » lui dis-je. Alors il me préparait 3 œufs sur le plat avec 3 cervelas. En un clin d’œil j’avalais le menu et commençais à raconter mon aventure. Entre temps il était minuit, le train était arrivé à 22 heures. Alors mon père dit à Mr WEIN, maintenant Jacob, tu peux me rendre les tableaux que je cachais chez toi, « L’OISEAU DE FRANCE » et « A LA FRONTIERE » ! Mr WEIN les cherchait et mon père et moi-même, nous nous mettions en route vers la maison. Voilà mon odyssée du 26 octobre au 10 novembre 1918, il y a presque 60 ans, une période qu’on n’oublie pas si vite. Strasbourg le 21 mai 1977 |
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